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. Claude Monet






retourna contre moi, et je fus ignominieusement blackboul quand je

prsentai cette peinture nouvelle au Salon.

Je trouvai tout de mme un moyen d'exposer, mais ailleurs. Touch par mes

supplications, un marchand qui avait sa boutique rue Auber consentit

mettre en montre une marine refuse au Palais de l'Industrie. Ce fut un

toll gnral. Un soir que je m'tais arrt dans la rue, au milieu d'une

troupe de badauds, pour entendre ce qu'on disait de moi, je vois arriver

Manet avec deux ou trois de ses amis. Le groupe s'arrte, regarde, et

Manet, haussant les paules, s'crie ddaigneusement : "Voyez-vous ce jeune

homme qui veut faire du plein air ? Comme si les anciens y avaient jamais

song !"

Manet avait d'ailleurs contre moi une vieille dent. Au Salon de 1866, le

jour du vernissage, il avait t accueilli, ds l'entre par des

acclamations. "Excellent, mon cher, ton tableau !" Et des poignes de main,

des bravos, des flicitations. Manet, comme vous pouvez le penser,

exultait. Quelle ne fut pas sa surprise quand il s'aperut que la toile

dont on le flicitait tait de moi. C'tait la Femme en vert. Et le malheur

avait voulu que, s'esquivant, il tombt sur un groue dont Bazille et moi

nous tions. "Comment va ? lui dit un des ntres. - Ah ! mon cher, c'est

dgotant, je suis furieux. On ne me fait compliment qued'un tableau qui

n'est pas de moi. C'est croire une mystification".

Quand Astruc, le lendemain, lui apprit que son mcontentement s'tait

exhal devant l'auteur mme du tableau et qu'il lui proposa de me prsenter

lui, Manet, d'un grand geste, refusa. Il me gardait rancune du tour que

je lui avais jou sans le savoir. Une seule fois on l'avait flicit d'un

coup de matre et ce coup de matre avait t frapp par un autre. Quelle

amertume pour une sensibilit vif comme la sienne.

Ce fut en 1869 seulement que je le revis, mais pour entrer dans son

intimit aussitt. Ds la premire rencontre il m'invita venir le

retrouver tous les soirs dans un caf des Batignolles o ses amis et lui se

runissaient, au sortir de l'atelier, pour causer. J'y rencontrai Fantin-

Latour et Czanne, Degas, qui arriva peu aprs d'Italie, le critique d'art

Duranty, Emile Zola qui dbutait alors dans les lettres, et quelques autres

encore. J'y amenai moi-mme Sisley, Bazille et Renoir. Rien de plus

intressant que ces causeries, avec leur choc d'opinions perptuel. On s'y

tenait l'esprit en haleine, on s'y encourageait la recherche

dsintresse et sincre, on y faisait des provisions d'enthousiasme qui,

pendant des semaines et des semaines, vous soutenaient jusqu' la mise en

forme dfinitive de l'ide. On en sortait toujours mieux tremp, la volont

plus ferme, la pense plus nette et plus claire.

La guerre vint. Je venais de me marier. Je passai en Angleterre. Je trouvai

Londres Bonvin, Pissarro. J'y connus aussi la misre. L'Angleterre ne

voulait pas de nos peintures. C'tait rude. Un hasard me fit rencontrer

Daubigny, qui nagure m'avait tmoign de l'intrt. Il excutait alors des

vues de la Tamise qui plaisaient beaucoup aux Anglais. Ma situation l'mut.

"Je vois ce qu'il vous faut, me dit-il ; je vais vous amener un marchand".

Je faisais la connaissance, le lendemain, de Durand-Ruel.

Et Durand-Ruel, pour nous, fut le sauveur. Pendant quinze ans et plus, ma

peinture et celle de Renoir, de Sisley, de Pissarro n'eurent d'autre

dbouch que le sien. Un jour vint o il lui fallut se restreindre, espacer

ses achats. Nous croyions voir la ruine : c'tait le succs qui arrivait.

Proposs Petit, aux Boussod, nos travaux trouvrent en eux des acheteurs.

On les trouva tout de suite moins mauvais. Chez Durand-Ruel, on n'en et

pas voulu ; on prenait confiance chez les autres. On acheta. Le branle

tait donn. Tout le monde veut tter de nous aujourd'hui.

Claude Monet

Propos recueillis par Thibault-Sisson

Publi le 26 novembre 1900 dans le journal "Le Temps"

Illustrations originales de Maxence Thiberge

[pic]

Le nom de Monet est troitement li l'histoire de l'impressionnisme,

sa gense, son volution, sa conclusion : C'est l son premier titre de

gloire.

Qu'est ce que l'impressionnisme :

Plus qu'une cole, l'impressionnisme dfinit une recherche commune : il

s'agit, non plus tant de rendre compte de la permanence et de la stabilit

de la ralit, mais bien plutt d'exprimer la nature (et notamment les

paysages) dans ce qu'elle a de mouvant, de transitoire. Techniquement,

cette approche se traduit par la fragmentation et la juxtaposition des

couleurs primaires et de leurs complmentaires, procds visant produire

des "vibrations colores".

Son origine :

Le mot impressionnisme pour dfinir cette priode de l'art est issu d'une

peinture de Monet nomme impression, soleil levant. Celle-ci a t peinte

au Havre. En effet la suite d'un article paru dans le Charivari o Louis

Leroy prenait pour cible le tableau de Monet, en le taxant ironiquement d'

"impressionniste", le terme fut retenu ds lors par le groupe de peintres

incrimin et par la critique.

Les paysages :

Monet est connu entre autre pour ses splendides paysages. Les

impressionnistes prfrent peindre la nature bucolique et la campagne au

paysage gris et noir des villes. Ainsi peuvent exploser les couleurs.

L'obsession de la lumire :

Monet observe l'instantanit : C'est--dire la mme lumire rpandue

partout. Ses premiers tableaux portant sur la lumire sont des meules de

foin normandes diffrents moment de la journe et de l'anne (ces

tableaux remporteront un norme succs). S'ensuit des sries d'tudes sur

la cathdrale de Rouen et sur son jardin Giverny.

[pic]

En quelques mots...

En dehors de quelques voyages, le grand reprsentant de l'impressionnisme

n'a jamais vraiment quitt les boucles de la Seine, depuis son enfance au

Havre, sa jeunesse Paris, puis la frquentation assidue de Bougival et

d'Argenteuil, jusqu' son installation Giverny. De la caricature la

peinture d'aprs nature

De la caricature la peinture d'aprs nature

Le peintre de plein air Eugne Boudin ayant, vers 1858, remarqu les

talents de caricaturiste de Claude Monet, invite celui-ci travailler sur

le motif. C'est une exprience dcisive pour le jeune homme. L'anne

suivante, Monet quitte Le Havre, o il a pass son enfance et sa jeunesse,

pour se rendre Paris. Les encouragements du peintre animalier Constant

Troyon (1810-1865) dcident Claude Monet prolonger son sjour dans la

capitale. Il refuse toutefois de s'inscrire l'atelier de Thomas Couture

(1815-1879) et choisit l'enseignement de l'Acadmie suisse, o il rencontre

Camille Pissarro. Aprs deux annes de service militaire accompli en

Algrie, Monet, de retour Paris, entre en 1862 dans l'atelier du peintre

Charles Gleyre. Comme Boudin l'avait incit peindre en plein air, il

persuade son tour ses condisciples Frdric Bazille (1841-1870), Renoir

et Sisley de le suivre en fort de Fontainebleau. Au mois de mai 1864,

Bazille se joint lui pour travailler sur les ctes normandes, en

compagnie de Boudin et du Hollandais Jongkind (1819-1891).

L'aurore impressionniste

Pour Monet la peinture est une occupation obsessionnelle, laquelle un

artiste doit tout sacrifier. Le travail de ses dbuts, bien qu'en rupture

avec la peinture d'atelier, laisse apparatre un certain nombre

d'influences: la manire de Corot est visible dans le Pav de Chailly

(1865), la leon de Boudin et Jongkind soigneusement mise profit dans la

Jete de Honfleur (1864) et l'exemple de Manet fidlement suivi dans

Camille Monet au petit chien (1866). Monet opre avec Femmes au jardin

(1867) une rupture avec la reprsentation classique du paysage qui tait

traditionnellement attache la transposition d'un tat d'me; cette

peinture traduit immdiatement, c'est--dire sans la mdiation d'intentions

romantiques, un instant fugitif de l'clat de la nature au printemps.

Cette ?uvre, qui relve encore de la technique de Manet, fut refuse au

Salon de 1867, et achete par Bazille pour aider Monet (en juin 1868,

Monet, dans la misre, tentera de se suicider). On peut voir aussi dans

cette toile la recherche impressionniste d'une atmosphre directement

saisissable.

L'apparence et la ralit

L'hiver 1868-1869, Monet, au cours d'un sjour tretat, peint l'un de ses

nombreux paysages de neige, la Pie , o l'oiseau n'est qu'une ponctuation

se dtachant sur la toile envahie d'une multitude de blancs diffrents.

Au cours d'un sjour Bougival, l't 1869, Monet travaille en compagnie

de Renoir. Les deux peintres, rendant systmatique le principe de la

division des tons (Monet: la Grenouillre), inaugurent la vision nouvelle

qui bientt fait cole. la fin de l'anne 1870, Monet rejoint Pissarro

Londres, o le paysagiste Daubigny le prsente au marchand de tableaux Paul

Durand-Ruel. Durant son sjour en Angleterre, il excute d'admirables

paysages de brume, dont le Parlement de Londres (1871). Aprs un passage en

Hollande, o il se rend acqureur d'estampes japonaises qui lui rvlent

des procds audacieux de cadrage, Monet regagne la France en 1871, peu

aprs la fin de la guerre. Dans les derniers jours de la mme anne, il

s'installe Argenteuil, crant dans cette petite commune des bords de la

Seine le vritable foyer du mouvement impressionniste. Son tableau

Impression, soleil levant (muse Marmottan, Paris), peint en 1872 au Havre,

est la cible de l'exposition de groupe organise le 15 avril 1874 chez le

photographe Nadar. Mme dans ses paysages urbains (srie des vues de la

Gare Saint-Lazare , 1876-1877), Monet exerce sa vision sur ce qu'il appelle

un maximum d'apparences, en troites corrlations avec les ralits

inconnues.

Giverny

En 1878, le peintre s'installe Vtheuil avant de s'tablir

dfinitivement, cinq ans plus tard, Giverny, o il rsidera jusqu' la

fin de sa vie. l'issue d'un sjour dans le Midi, en 1888, il expose

Paris Dix marines d'Antibes, pour lesquelles Mallarm lui manifeste son

admiration: Il y a longtemps que je mets ce que vous faites au-dessus de

tout, mais je vous crois dans votre plus belle heure. Aprs la srie des

Peupliers et des Meules excute en 1890-1891, Monet peint, dans un souci

de plus en plus marqu de la lumire et des apparences fugitives de

l'instant, la srie des Cathdrales de Rouen (1892-1894).

Les sries

On ne saurait attacher trop d'attention ce travail par sries dans la

production de la maturit de Claude Monet. D'une srie l'autre, une

progression apparat la fois dans le principe (un schma de composition

de plus en plus uniforme l'intrieur de chaque srie) et dans le choix du

sujet : aux motifs naturels (peupliers, meules), insignifiants et

interchangeables que lui fournissent les environs de Giverny, succde celui

d'une architecture sacre, unique, illustre et immuable, la faade de la

cathdrale de Rouen. En entreprenant ces sries, puis en les sacralisant en

quelque sorte par le choix d'une cathdrale clbre, Monet confre une

dignit suprieure au principe impressionniste fondamental : : l'analyse

des variations de la lumire n'est pas seulement bonne pour reprsenter des

promeneurs la campagne ou des pcheurs au bord de l'eau. Par une dmarche

qui annonce celle des peintres philosophes comme Kandinsky ou Malvitch,

une intention thorique, presque thique, prend ici le pas sur l'excution.

Plus encore que celle des Meules, la srie des Cathdrales, puis celle, en

trs grand format, des Nymphas constituent un fait pictural nouveau : ce

sont des ?uvres o l'intention passe avant le souci de la reprsentation.

Un peu avant 1900, et jusqu' la fin de sa vie, Monet s'attache en effet

prendre comme seul motif le bassin aux nymphas de son jardin de Giverny.

Dans une souveraine indiffrence au sujet, les variations sur le thme du

plan d'eau portent jusqu'aux extrmes limites de ses consquences la

manire impressionniste. Cette prodigieuse srie de Nymphas , commence

en 1916 et acheve l'anne mme de la mort du peintre, est un don l'tat.

En 1927, les huit grandes compositions sont installes l'Orangerie des

Tuileries. Les grands Nymphas peuvent tre aujourd'hui regards comme

l'une des plus tonnantes reprsentations picturales du flux incessant des

ides songeuses, sauvages, non retenues et vrai dire non pensables

(Francis Ponge).

Les travaux de Monet

Claude MONET fut un artiste professionnel : non seulement il n'a jamais eu

d'autre source de revenus que la peinture mais il a interprt sa vie

entire en peinture. Elve au collge du Havre il vend autour de lui des

caricatures de ses professeurs et des notables de la ville. Puis du bonheur

de la vie familiale au drame de la mort de sa femme Camille, tout devient

sujet. Il semble qu'il lui est impossible d'exprimer autrement ses motions

que sous la forme d'une oeuvre d'art. Et quel Art !

Il aborde trs vite (ds 1864) son modle principal, l'extrieur et il y

est encourag par Eugne Boudin.

| | | |

|"Le Djeuner |[pic] | |

|sur l'Herbe" |"Le Djeuner sur l'Herbe" | |

|(130 x 181 cm)|Claude MONET 1865 | |

|est son |Ses amis peintres Bazille et Lambron sont ses modles | |

|premier chef |masculins, Camille Doncieux y apparat pour la premire | |

|d'oeuvre. |fois. | |

|Du "Djeuner |"Je ne pense qu' mon tableau, et si je savais le manquer,| |

|sur l'herbe" |je crois que j'en deviendrais fou." | |

|de Manet qui |Claude Monet | |

|avait fait | | |

|scandale au | | |

|Salon en 1863,| | |

|Monet reprend | | |

|le thme et la| | |

|faon. | | |

|Il travaille | | |

|en atelier | | |

|d'aprs des | | |

|croquis faits | | |

|dans la | | |

|nature. | | |

|A cette poque|[pic] | |

|Monet qui a |"Terrasse Sainte-Adresse" | |

|pous Camille|Claude MONET 1867 | |

|et vit Paris| | |

|revient | | |

|souvent au | | |

|Havre prs de | | |

|sa famille. Il| | |

|commence | | |

|tre connu et | | |

|se met ainsi | | |

|l'abri des | | |

|critiques | | |

|parisiens qui | | |

|entretiennent | | |

|sa rivalit | | |

|avec Manet. | | |

|"Plus je vais | | |

|plus je | | |

|regrette le | | |

|peu que je | | |

|sais. C'est | | |

|cela qui me | | |

|gne le plus, | | |

|c'est | | |

|certain." | | |

|Claude Monet | | |

|Claude et |[pic] | |

|Camille MONET |"La Pie" | |

|ont maintenant|Claude MONET 1869 | |

|un fils : |Muse d'Orsay, Paris | |

|Jean. Lorsque | | |

|l'hiver arrive| | |

|la petite | | |

|famille | | |

|s'installe | | |

|Etretat. L, | | |

|Claude Monet | | |

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